Enfin, je suis inutile !
Ou comment une grand-mère peut inspirer des managers et des coachs.
Ma grand-mère était vigneronne. La première femme de sa prestigieuse appellation à faire son vin. Seule sur son tracteur et dans ses vignes. Unique, voire révolutionnaire en son temps. C’est également la personne la plus généreuse que j’ai pu rencontrer, tous sentiments à son égard mis à part. Pour elle, comme pour ma mère, et probablement comme pour moi dans quelques temps, le plus précieux héritage que l’on puisse transmettre à ses enfants est de leur permettre d’être autonomes. Comme pour tout héritage, ma grand-mère l’a construit de son vivant avec ses 3 enfants, et quand cela a été le cas, elle fut sereine, pour eux.
Cela m’inspire aujourd’hui à plusieurs titres. Un manager change régulièrement de poste, un coach de client, un client de coach. Nul n’est éternel. Pour un manager comme pour un coach, l'enjeu est de permettre à son équipe ou son client de développer ce qui lui permettra de poursuivre son chemin dans les meilleures conditions, sans lui.
L’inutilité comme finalité
Et comme pour un héritage ou un départ, cela se matérialise par le degré d'autonomie dont disposent ceux qui restent. Plus j'étais indispensable, moins ils sont autonomes aujourd’hui, plus j'étais inutile plus ils sont autonomes. Paradoxalement, on pourrait alors en déduire que la finalité ultime pour un manager ou un coach est d'être totalement inutile pour son équipe ou son client.
C’est pourquoi, très régulièrement, la première question que se posent les managers que j’accompagne et qui commencent à envisager leur métier différemment pour permettre à leurs équipes d’être autonomes, est la suivante : « Mais alors, à quoi je vais servir maintenant ? ». Question légitime à ce stade. C’est le premier challenge du manager ou du coach en transformation de ses pratiques.
Le Défi de l'Ego
Le premier défi pour un manager ou un coach concerne souvent son propre ego. Quand on commence à adopter une bonne posture sur ces métiers d’accompagnement, souvent la sensation de ne plus être utile nous déstabilise. Nous devons lutter contre nos vieux démons qui nous poussent à exposer, voire imposer nos points de vue, à poser des questions pour mieux comprendre voire pour contrôler.
Une fois le manager ou le coach prêt à mettre son ego de côté, il peut alors rehausser son niveau d’intervention pour favoriser l'autonomie autour de lui. C’est le second challenge.
Astuce : Si pour vous il est essentiel de poser des questions pour bien comprendre les sujets de vos collaborateurs ou de vos clients, il est possible que vous soyez encore un peu titillé par votre égo.
Le juste niveau d’intervention
Réussir dans son métier de manager, ou de coach, c’est avant tout mettre le focus non pas sur les sujets abordés mais un niveau au-dessus, sur « la façon dont » l’équipe ou le client travaille. Améliorer « la façon dont » est le sujet du manager ou du coach. Les habitudes de fonctionnement du système, les interfaces. Ce qui se passe entre les gens.
En réponse à la question « Mais alors, à quoi je vais servir maintenant ? », on peut dire que le manager comme le coach peut être le garant de l’efficacité de ces interactions, de ces modes de fonctionnement, via lesquels l’équipe ou le client prendra des décisions pertinentes.
Astuce : Pour obtenir un indicateur sur ce sujet en tant que manager, vous pouvez imaginer que vous allez changer de poste et vous demander ce que pourrait espérer votre équipe vis à vis de votre successeur. Qu'il maintienne la dynamique existante ? qu'il les laisse enfin travailler en autonomie ? ou pas grand-chose, leur fonctionnement dépend bien plus d’eux que de lui ? Cela est bien entendu valable également pour un coach.
Instaurer un système robuste
On peut continuer à prendre de la hauteur et s’intéresser désormais au système. A ce rôle méconnu pour un manager, ou un coach. Permettre au système, pas seulement aux individus qui le composent, d’être autonome et robuste. Robuste au sens où il résiste aux changements de personnes. En d’autres termes, s’assurer que si le chef s’en va, cela ne nuira pas à l’équipe car cette dernière travaille très bien sans lui. Pour cela, avoir favorisé la mise en place d’un mode de fonctionnement où les « façons dont on collabore » s’imposent à tous et où tout le monde en est le garant. C’est le troisième challenge, le plus conséquent comme le plus gratifiant.
Astuce : Pour avoir une idée de la « robustesse » d’une équipe, vous pouvez observer ses comportements en réunion : comment est répartie la parole entre les membres, responsable compris ? que se passe-t-il quand quelqu’un monopolise la parole ? que se passe-t-il quand il y a un « malaise » apparent ? l’équipe attend-elle que le chef intervienne ou prend-elle également ses responsabilités ?
Identifier les Prochains Défis
Pour continuer à favoriser l'autonomie et votre inutilité, vous pouvez identifier les domaines où l'équipe ou le client n'est pas encore capable de prendre des décisions en toute indépendance. Cela peut être un excellent indicateur des prochains sujets sur lesquels mettre l’accent collectivement.
Les étapes de ce changement
1. Envisager son rôle différemment (le déclic)
2. Se demander à quoi l’on va servir
3. Mettre son égo de côté
4. Se focaliser sur « la façon dont »
5. Rendre le système robuste (se faire discret)
6. Poursuivre cette dynamique
Conclusion : Bravo, vous êtes inutiles !
L’exercice du métier de manager ou de coach est un voyage qui mène de l’indispensabilité à l’inutilité bienveillante et généreuse. L’art de s’effacer pour mieux laisser grandir. Quel meilleur héritage peut-on léguer ? Un tracteur peut-être…
Merci mamie.